Sarkozy Et Moi

J’voudrais voir la mer. Naviguer. M’extraire.

"Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l’heure .." [1]

J’suis qu’un lambris. Un ver de terre. Bouée d’amour. Buée tout court. Tout m’exaspère.
J’voudrais voir la mer. Sans ambition particulière. Sans marges arrières. Et en avant Guingamp. Cap sur l’Autre Finistère.
Mon ailleurs is rich, loin des fastes du bling-bling, il est beau mais pas que beau, alors taille la vague et vogue ma galère, mon vaisseau sans gain, hisse et haut le drapeau, pavillon de la quarantaine et quelques poussières.

"L’immobilité ça dérange le siècle. C’est un peu le sourire de la vitesse, et ça sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps." [1]

M’extraire. De tout. De rien. De la vitesse. Du brouhaha. Des falbalas. Des fadaises.
Voir la mer.
Etretat, ses falaises.
Larguer les amarres, quitter la Terre, ce bordel à Fillon, ce Sarkommedon, salut les mecs, chérie bye bye, le corps, l’âme, j’te foutrais ça à la baille.
Loin des spéculations boursières, des nouvelles journalières, des considérations immobilières.
S’extraire.
De l’innocence.
Des adultères.
Quitter la Terre.
Revoir ma mer.
A toute vapeur, mettre les voiles.

"Regarde-la ta voile, elle a les seins gonflés/La marée de tantôt te l’a déshabillée/Les bateaux comme les filles, ça fait bien des chichis/Mais ce genre de bateau, ça drague pas dans Paris." [2]

J’suis qu’un lunaire, un martien dans l’hémisphère, être de chair et grain de poussière, un homme coléoptère, qui laisse les miss faire, tant j’adore, leur mystère je vénère, sans lui, le mystère, ses boules de gomme, t’es rien.
J’suis qu’un terrien paumé dans la houle avec dans l’coeur grenadine une foule sentimentale de choses, un mieux, un rêve, un cheval.

"Aie on nous fait croire/Que le bonheur c’est d’avoir/De l’avoir plein nos armoires/Dérisions de nous dérisoires …" [3]

J’suis qu’un littéraire qui démâte, l’amer qui constate, échec et carton-pâte, et ça voudrait madame, faire dans l’épate ?
J’suis qu’un marin à terre, éternel locataire, jamais propriétaire, ex-enfant du Meccano, adulte tout à l’égo, rien à léguer, tout à transmettre, et dans le cul la balayette.
La quarantaine et des poussières, un virus dans la soupière, et rien de construit sur Terre.
Marié, veuf, célibataire, marin de l’éphémère, j’suis dans l’marais solitaire, j’voudrais voir la mer, m’éloigner du monde qui vocifère, pour un jour ou une vie entière, le bruit, c’est plus possible, j’peux plus m’y faire, quitte à parler, j’préfère me taire, quant à travailler plus, mais pour quoi faire ?

J’voudrais voir la mer. Naviguer. M’extraire.
Pour un jour.
Ou pour une vie entière.
Avec toi comme passagère.

  

[1] Extraits de "Il n’y a Plus Rien" de Léo Ferré
[2] Extraits de "Les Etrangers" de Léo Ferré
[3] Extraits de "Foule Sentimentale" de Alain Souchon

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A propos Philippe Sage

Empêcheur de tourner en rond.
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Un commentaire pour Sarkozy Et Moi

  1. peter dit :

    super belle prose dans laquelle tu excelles…MERCI POUR CE TEXTE…   A+   PETER

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