Que Dieu Nous Garde Des Sots !

Or donc, profondément respectueux des horaires CPAM auxquels je suis soumis, j’enfilais [1] une parka vert pomme, bourrais mes oreilles de Sennheiser, déclenchais le chronomètre, et zou, j’allais prendre la température, celle de la rue.

J’aime ça, moi, traîner dans les rues, c’est un spectacle permanent, étonnant.

Déjà tout môme, j’adorais ça, c’était comme on dit aujourd’hui, mon gros kif – n’en déplaise à Nadine Morano [2]
Sortant de l’école, puis du lycée, je prenais un malin plaisir à prendre les rues dites adjacentes, les rues de papiers gras, de chiens errants parfois, surtout ne pas prendre, jamais, le chemin le plus court, celui qui menait direct chez mes parents, non, prendre son temps, puisque celui-ci m’était miraculeusement offert, profitons-en de ce moment délicieux, ce moment de liberté.

Je regardais les "grandes personnes", leur façon de se déplacer, trop vite, je pensais, vous allez trop vite ; les amoureux se bécotant sur les bancs publics que ça me donnait envie, que c’est ça, me disais-je, que je voulais faire plus tard comme métier, embrasser une fille qui serait ma fiancée pour faire rêver les enfants et chier les connes gens, les croquants et les croquantes.
Aussi, je matais goulu les vitrines avec dedans les vendeuses, les yeux maquillés de bleu, de violet, les vendeuses courtes vêtues à talons hauts, fins ou plats …

Bien sûr j’activais la sonnette d’une porte, toujours la même, celle d’une vieille plus qu’acariâtre, mais je ne m’enfuyais pas, enfin pas vraiment, je me tenais à bonne distance, juste ce qu’il faut pour la voir pester, me faire ses gros yeux de sorcière, je ne lui tirais pas la langue, pas même un geste obscène ; je la regardais fixement, garnement, moqueur, genre tu m’auras pas la sorcière, jamais, j’suis Harry Potter, j’les connais tes maléfices, même pas peur.

Ces moments-là, je les ai bus, dévorés, si j’avais pu je me les serais infusés, inoculés, greffés, jamais j’aurais voulu qu’ils s’arrêtent, j’étais l’enfant-sauvage, celui qui mate, qui observe, qui écoute mais qui ne dit mot.
Très tôt j’ai aimé ça.
Très tôt j’ai aimé ce que l’on nomme :
oisiveté.

"Seule l’oisiveté est une valeur morale."
Ecrivait
Albert Camus.

L’oisiveté qui n’a rien à voir avec la paresse, ni la fainéantise.
C’est même le contraire.

Camus qui écrivait aussi :
"L’angoisse de la mort est un luxe qui touche plus l’oisif que le travailleur [3] asphyxié par sa propre tâche."

Très jeune, oui, c’est en prenant des rues adjacentes, celles des chiens errants, des papiers gras, que j’ai choisi mon camp, et je n’en changerai pas.
Non, moi tu ne m’auras pas, crétin, avec ton travailler plus pour gagner des peccadilles !
– "Toute vie dirigée vers l’argent est une mort." Camus, encore ..

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Or donc, parka vert pomme, "Lost In The Supermaket" du Clash dans les esgourdes, dans les rues je déambulais, et ne regrettais point de n’avoir jamais eu de parapluie, quand je vis cet homme tenter de fermer le sien, mais que le parapluie ne voulait pas attiré par le vent, attirant avec lui l’homme, homme "grommelant" tout ce qu’il savait, refusant obstinément d’être le Mary Poppins des Allées Jean Jaurès, priant pour qu’un portable ne le filmât point, hantise de se retrouver tout "bétassou", tout cagol dans une séquence de Vidéo-Gag, l’émission qui fait rire Benoît Poelvoorde.

Poelvoorde avec qui j’apprenais mercredi dans Libération (que j’achète ou vole par pure nostalgie) que j’avais un point de rue commun.

Comme lui, j’aime regarder les gens qui attendent le bus.
C’est fou ce qu’on peut lire dans leurs regards.
C’est bouleversant.
C’est effrayant aussi, parfois.
Dans ces regards, on n’y lit pas la même chose le matin que le soir.
Et alors en pleine après-midi !

Je me souviens que j’avais envie de les prendre en photo, ces gens, ces regards, mais version rustique, pas numérique la photo, à l’ancienne, les développer moi-même, mais doucement, en prenant son temps (il faut toujours prendre son temps, c’est une règle d’or, ne cède pas à l’agitation, c’est un piège, c’est comme ça qu’ils te tiennent ..) puis d’en faire une expo, expo que sans doute, un jour, je ferai.
Quand j’aurai trouvé l’appareil-photo qui ne les trahira pas.
Ce serait plus utile que de jacter dans un micro.

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"Making Plans For Nigel" du groupe XTC me distrayait le pavillon, l’enclume et le marteau quand j’approchai les odeurs envoûtantes de Kebab, à droite le kiosque à journaux, c’est donc là que je la vis :

Carole Bouquet ?

Jackie O ?

Caroline de Monaco ?

Non.

Rachida Dati.
Notre garde des sceaux.

Une Rachida riante.
Une Dati vamp.
Une
Rachida Dati star.
Mais star de quoi, de qui, au fait ?
De la Justice ?
Des magistrats ?
M’étonnerait.

Je me disais pourquoi pas, au point où nous en sommes, elle n’est pas la première à se prêter (donner ? vendre ?) à l’exercice (ridicule forcément) après tout, la couv’ de VSD sur Ségolène n’était pas piquée des hannetons, non plus.
Mais alors qu’elles ne viennent surtout plus se plaindre d’une certaine "pipolisation" de la politique.
Bien sûr, elles rétorqueront, les bougresses, que oh, c’est
Match, pas Closer ou Voici !
Moi j’dis que c’est juste la mise en page qui diffère, les pixels et la typo, sinon c’est kif-kif chéries, et ce ne sont point les pages dites politico-économiques en fin de magazine qui pourrait donner le change.

Je me disais pourquoi Dati au fait ?
Pourquoi pas
Valerie Pécresse ?
Fadela Amara ?
Rama Yade ?

Ou pourquoi pas l’excellence, soit Nathalie Kosciusko Morizet – une femme à surveiller de près, vous verrez, on en reparlera dans quelques années.
Oh que si …

Je me disais, pourquoi pas, après tout oui, qu’on nous "glamourise" ce qui a priori ne l’est pas du tout, qu’on nous "vampe l’invampable", qu’on nous "festival de cannise" la garante de la Justice, pourquoi pas, on nivelle tant par le bas qu’autant y aller à donf’ …

Je me disais, pourquoi pas, puisque tout se vend, même que Léo Ferré nous l’avait bien dit que ça arriverait, que la musique se vendrait comme du savon à barbe, que tout était prêt : les capitaux, la publicité, la clientèle.
Que l’embrigadement était
(déjà) un signe des temps !

Eh ben voilà, on y est jusqu’au cou, jusqu’à l’os, dans ton cul, comme on dit aujourd’hui.
V’là qu’on nous vend une ministre !

On nous (sur)vend de la
Dati, on nous la vend comme un produit, pourquoi pas, s’il y a des fatigués du cervelet qui pourraient s’y laisser prendre, mais alors, juste retour des choses, que Dieu nous garde !
Oh oui, que Dieu nous garde des sots.

Ce serait bien là, la moindre des justices.

[1] "Soumis", "enfiler", c’est clair, je manque d’un truc … On se voit quand mon amour ?

[2] Pauvre Nadine Morano qui traita de vulgaire Fadela Amara, que ça ne se faisait pas de dire "A Donf’" quand on est ministre ou secrétaire d’Etat.
Un jour Nadine, je te le promets, je démontrerai ici-même à quel point, toi, tu es réellement vulgaire.
Tu repousses même les limites.

[3] A propos de travail, de travailleurs, Camus écrivait aussi :

"Il n’y a de dignité du travail que dans le travail librement accepté."

Et aussi :

"Les tyrannies comme les démocraties d’argent savent que pour régner il faut séparer le travail et la culture. Pour le travail, l’oppression économique y suffit à peu près. Pour la seconde, la corruption et la dérision font leur oeuvre."

Vous me le copierez cent fois, l’apprendrez pas coeur, le réciterez tous les jours de votre vie, et l’inculquerez à vos enfants.

Bonne chance !

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A propos Philippe Sage

Empêcheur de tourner en rond.
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