J’T’En Foutrais Moi De La Culture De L’Excuse !

Avant toute chose, à ceusses qui blâment les médias, les accusent de mettre de l’huile sur le feu, j’voudrais rappeler que le 14 juillet 1789, de médias, y’en avait pas, et ça n’a pas empêché le peuple qu’avait sacrément faim de conquérir la Bastille.
Et des exemples comme celui-ci, y’en a des milliers.
J’dis pas que certains journalistes n’auraient pas comme la fâcheuse tendance à en rajouter, là aussi les exemples ne manquent pas, mais faudrait quand même pas déconner non plus avec cet haro permanent et récurrent sur les médias.

Ceci étant (une nouvelle fois précisé) que dire de ce qui s’est passé dans le Val D’Oise, du côté de Villiers-le-Bel ?

Au début, je me suis dit : rien !

C’est vrai quoi, que dire de plus que ce qui a déjà été dit ou écrit.

Et puis, je me suis souvenu de deux histoires réelles que j’ai vécues de près ou de pas très loin.

Deux anecdotes que je m’en vais vous raconter.

PREMIERE ANECDOTE

Avec le fils "caché" d’un personnage politique éminent, je sirote une Adelscott.
Nous sommes en avril 1992 dans un troquet parisien pas très loin de la Gare De Lyon.
Il n’y a pas foule dans ce bistrot.
C’est du genre calme.
Avec J.D. nous bavassons de tout, de rien, de ce que nous devenons, lui naufragé permanent, moi faussement renaissant.
Les mots sont rares, mais ils sont choisis.
Surtout, ils donnent soif.
Mais au moment où nous allions prier le taulier de nous remettre la même, la porte de son établissement s’ouvre.

Je me souviens de cet homme.
Il avait l’air fatigué.
Usé.
Mais son regard était encore clair.
Berbère.

Il avait à peine poussé la porte que le Thénardier lui signifia qu’il n’avait pas sa place ici, je me souviens même qu’il le tutoyait :
"Tu sors d’ici tout de suite, tu m’entends ? Allez … Casse-toi ! Casse-toi j’te dis ! Sale race !"
Et l’homme est parti sans proférer le moindre son.

J’en croyais ni mes oreilles, ni mes yeux.

J’interpellais le patron, lui demandais des explications, enfin quoi, de quel droit pouvait-il interdire et de cette façon l’accès de son établissement à cet homme.
Il me lança un regard noir, haineux, et dit :
"J’fais c’que j’veux .. C’est chez moi, ici. Et chez moi, les bougnoules, y rentrent pas."

J’suis pas fier de la suite, pour tout vous dire on n’était pas loin de se ramponner copieux, de se défoncer le cassis, c’est un client qui nous a demandé de nous calmer, que ce serait mieux de partir, que voilà, c’était comme ça, ici, qu’on y changerait rien, et que si ça nous plaisait pas, ben fallait consommer ailleurs, que c’était pas les bars qui manquaient dans le coin.
Le taulier, lui, il continuait à déverser son fiel, il disait que je devais avoir des origines pas très nettes pour les défendre "les ratons", que ma mère avait dû baiser avec "un métèque" ..

Quand j’y repense aujourd’hui, je me demande pourquoi je l’ai pas brûlé, son tripot à ce con.
Mais non.
Me mettre en colère, je sais faire, mal, mais je sais.
Réduire en cendres son troquet, ça je sais pas.
Ca pourrait me traverser l’esprit tout cuit, j’dis pas, mais j’pourrais pas le faire.

Je précise que des tauliers de ce genre, malheureusement, j’en ai rencontré des pacsons.
Et pas qu’à Paris.

DEUXIEME ANECDOTE

Ca devait être au début de l’été 1995 aux Milles, mortel patelin situé à une encablure d’Aix-en-Provence.
Nous avions au sein de notre équipe radiophonique un commercial équipé sport : chemise rose, chaussettes blanches, et "baisenville" de circonstances.
La totale quoi !
Un vrai bonheur …

Il doutait de rien, ce type.
A ce point, qu’il finissait par en être drôle.
Pathétiquement drôle.
Un
Tanguy en puissance de surcroît.
A 28 ans
tout comme celui d’Etienne Chatiliezil vivait encore chez ses parents.
Plutôt à l’aise, les vieux.
Z’habitaient les quartiers chicos, une immense baraque avec du vrai marbre et piscine du genre olympique.
C’était ce genre de gars qui s’invente tous les jours une nouvelle vie.
De sorte que, il avait tout fait : steward, routier, agent immobilier, gigolo à Ibiza ou disc-jockey à Mexico, un vrai petit
Bernard Lavilliers mais version fluet.

Un jour, dieu sait comment, il se paume dans les quartiers Nord de Marseille.
Je les connaissais moi, ces quartiers-là.
Si tu joues pas les "kékés", il ne t’arrive rien.
Seulement voilà, notre Tanguy, il ne savait rien faire d’autre que d’la ramener.

Il tombe sur une bande de jeunes.
Jeunes de la deuxième ou troisième génération, comme on dit.
L’un deux lui demande une clope.
Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, il file une de ses
JPS (ben oui, j’vous dis, toute la panoplie ..).
Mais voilà qu’un deuxième jeune lui demande la même chose.
Et là, mon Tanguy commet l’erreur fatale.
Au jeune, il montre son front et dit :
"Eh oh, y’a pas marqué bureau de tabac, ici !"
Il a fini à l’hôpital.
Pas beau à voir …

ET ALORS ?

Ben alors, j’pourrais m’arrêter là.
Car au fond, elles sont assez parlantes, non, ces deux anecdotes ?
Mais tu vois, j’ai pas envie.

D’abord parce que j’emmerde celles et ceux qui insinuent que je me vautrerais dans une culture qu’ils nomment "la culture de l’excuse".
Quel argument de faux-jetons, de pisse-froid, de jean-foutre, voire de fumier.
Manière surtout de faire diversion et de ne pas assumer tes responsabilités, mon saligaud !

Ensuite parce que j’aime bien (tenter de) comprendre, moi.
Comprendre ça ne veut pas dire excuser.
Ou alors, on n’a pas le même dictionnaire.

Dans ces deux anecdotes, il y a un point commun :
La
(fameuse) zone de non-droit.
Elle existe aussi bien dans certains troquets
(entre autre .. j’pourrais tout aussi bien parler de certaines discothèques, de salons de coiffure, de PME même ..) du centre-ville que dans certains quartiers dits sensibles.
Et pourtant, quand on évoque les zones de non-droit, on ne parle QUE des quartiers sensibles ..
Me trompe-je ?

Encore que, je le maintiens, si tu mouffetes pas, t’arrivera rien dans les quartiers Nord Marseillais.
Maintenant, je le reconnais bien volontiers, pourquoi faudrait-il traverser ces quartiers sur la pointe des pieds, tête baissée, en priant le ciel qu’on ne te détrousse pas ?
Au nom de quoi ?

Comme le dit (trop) souvent Nicolas Sarkozy.

Mais il y a une question subsidiaire à cette question sarkozyste :

Comment et pourquoi en est-on arrivé là ?

Ma réponse va pas être du genre plaisante.

En France, nous n’avons jamais bien accueilli le cousin étranger.
Jamais.
Demandez donc aux italiens traités de sales ritals, aux polonais de pollacks, et je passe sur ce qu’ils encaissèrent sans broncher les portugais ou les espagnols.
Sans broncher, oui.
C’est pourquoi certains les désignent aujourd’hui comme un exemple d’intégration.
Car pour ces "certains"
(les mêmes quasiment qui reprochent aux médias de jeter de l’huile sur le feu) s’intégrer, c’est d’abord la fermer, ne pas broncher, surtout pas un mot plus haut que l’autre, t’es pas chez toi ici, c’est que ça se mérite d’être sur notre territoire, va falloir que tu bosses et sans rechigner en plus, que tu bosses plus que les français.

Vous savez quoi ?

Ca ressemble comme qui dirait moins à un accueil qu’à un bizutage, non ?

Ceusses qu’arrivèrent d’Afrique, y compris du Nord, ce fut une autre paire de manches.
Z’étaient pas comme les italiens, les polonais, les portugais, les espagnols, ah non, eux, c’étaient pour la plupart "ces gens" qu’avaient réclamé leur indépendance, qu’avaient bouté le français
(de souche, n’est-ce paaaas !) hors de leurs territoires.

Quand ils arrivèrent en France, ils subirent les mêmes insultes, les mêmes quolibets que les immigrés européens, à la seule différence que ce fut bien plus violent.
A ma connaissance, il n’y a point eu de "ritalonnades", mais des "
ratonnades", si, y’en a eu.
Et des sanglantes, et des meurtrières.

Pourtant, dans l’ensemble, il a pas trop bronché l’arabe, le noir, le métèque …
Il a continué à taffer en baissant la tête.
Y’avait la famille à nourrir.

Seulement voilà, les jeunes de la deuxième et troisième génération, ils la connaissent cette histoire.
Les brimades qu’ont subi leurs pères, leurs grands-pères, les humiliations, les insultes, les sales bougnoules, les casse-toi tu rentres pas dans mon bar, melon, ils savent tout ça.
Et ça passe pas !
C’est pourquoi ils disent qu’ils ont la rage.

Ca ne les excuse pas pour autant (de brûler, de casser, de saccager ..).
Non, ça ne les excuse surtout pas.

Juste ce que je voulais dire c’est qu’il y a une chose fondamentale que nous comprenons quand nous prenons le temps de nous pencher sur notre Histoire, celle des êtres (dits) humains, c’est qu’il ne faut jamais, jamais humilier qui que ce soit.

Si tu le fais, alors attends-toi à ce que les petits-fils, les arrière-petits-fils de celles et ceux que tu humilias soient gagnés par la rage jusqu’à, parfois, en prendre les armes.
Non, il ne faut jamais humilier qui que ce soit.

Et de l’écrire, ce n’est pas trouver je ne sais quelle excuse, c’est juste chercher à comprendre.

Maintenant qu’il est presque déjà trop tard, j’ai juste envie de dire :

Mer

Dez-

Vous !

Et croyez-bien que je le regrette …

Publicités

A propos Philippe Sage

Empêcheur de tourner en rond.
Cet article a été publié dans Opinion. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s