La Sarkomédie Française

Et si cette omniprésence sarkoïdale avait un but caché (comme on dit aujourd’hui à l’Olympique de Marseille, tant il doit être bien caché le but pour que mes phocéens se trouvent dans l’incapacité de « la mettre au fond » ..) ?

Et si ce désir exacerbé d’occuper (en parlant d’occupation, mais où sont-ils les résistants ?) nos écrans de télévision avait une justification inavouable ?

Vous savez quoi, avant de vous expliquer où je veux en venir, je vais vous raconter ma première rencontre avec Nicolas Sarkozy.

Comme de bien entendu, je le rencontrai à la télévision.

Je ne suis pas prêt d’oublier cette première rencontre.
Et d’ailleurs, elle m’a tant marqué, que je me précipitai sur un Bic et mon « livre de brouillon » acajou et notai fébrilement une des phrases prononcées par celui qui était alors député-maire de Neuilly-sur-Seine, une phrase qui n’a l’air de rien comme ça, mais qui, pourtant, me sembla importante, tout du moins révélatrice.
Révélatrice du personnage.

Or donc, j’habitais la joyeuse et décadente bourgade d’Aix-en-Provence.
Nous étions dimanche.

Très précisément, le 28 mars 1993.

Une date foutrement importante, puisque le RPR de Jacques Chirac remportait haut la main et les doigts dans le nez (ce qui est fort malpoli, mais super difficile à faire – essaye donc d’avoir à la fois les mains en l’air et te fourrer les doigts dans le nez ..) les législatives.

En fait, ce soir de second tour, ce n’était pas une victoire du RPR, mais un extraordinaire triomphe.
Et donc, une mémorable branlée pour les socialistes
(oui, à l’époque il en restait encore – enfin, il en restait deux ou trois, quoi .. ).

J’irai jusqu’à dire – aparté – que ce 28 mars 1993 marque le début de l’agonie du PS, le commencement de ses insupportables errances, de ses divisions permanentes (qui décoiffent, puisque permanente ..) de son épouvantable cacophonie.
D’aucun (salut mon pote ..) me dira que merde à la fin, tu fais chier, ces zozocialistes ont quand même remporté depuis
les législatives de 1997, que ce n’est pas rien chéri, mais je rétorquerai à celui-là, que ce n’était point une victoire, loin de là !
Pour paraphraser
Coluche, je dirais qu’en 1997, les zozocialistes ont moins remporté une élection qu’un concours de circonstances, l’abracadabrantesque dissolution de l’Assemblée Nationale.
Et qu’en ont-ils fait de cette providentielle victoire nos (présumés) socialistes ?
Rien.
Si !
Jospin.
Avouez que c’est maigre, non ?
Enfin, ce n’est pas très socialiste, quoi.

Ainsi, ce dimanche 28 mars 1993, les p’tits gars du RPR se succédaient sur les plateaux télé, et tous tentaient de nous faire croire qu’ils avaient le triomphe modeste.
Eh oui, c’est ce soir-là qu’ébahis, mais avant tout stupéfaits, nous découvrions un nouvel
oxymoron :
Le triomphe modeste.
Quelque chose d’improbable, tout comme
par exemple, au hasardla rupture tranquille.

Allez donc demander à Nicolas Sarkozy s’il existe véritablement une rupture tranquille depuis que Cécilia, la femme qui en a, a quitté le domicile conjugal, a renoncé à être la première dame de France ?

C’était donc le soir du triomphe modeste, traduire, de l’hypocrisie sans borne, quand soudain, il est apparu sur l’écran, ce petit homme à la coiffure incertaine, si ce n’est adolescente et rocambolesque, ce petit être à l’allure quelque peu empruntée n’employant que des mots simples sans faire cas de la plus élémentaire des syntaxes, sans se soucier non plus de la moindre base grammaticale, et pourtant, déjà, il me sembla redoutable, mais surtout, redoutablement assoiffé.
De briller.
De pouvoir.
Assoiffé, et peu importe que la fin justifia les moyens.
Déjà.

C’était lui, c’était Nicolas Sarkozy, ce dimanche 28 mars 1993 sur France 3.

Je l’écoutais d’une oreille distraite, fatiguée, quand vint une question a priori anodine.
Une journaliste
(Elise Lucet ?) demanda au député-maire de Neuilly-sur-Seine s’il avait une explication quant à cette très large victoire de la Droite.

Nicolas Sarkozy réprima un sourire, vous savez ce sourire carnassier qui le caractérise, que même on dirait qu’il jouit intérieurement, réprima un sourire et répondit texto :

« On a essayé de pas mentir aux français ! »

C’est à cause de cette phrase que je me jetais sur mon « livre de brouillon » acajou, et c’est en rouge que je la notais, date et lieu compris.

« On a essayé de pas mentir aux français ! »

Mais quel formidable aveu, tant il est différent de (ne) pas mentir que … d’essayer (de ne pas mentir).

Tant dire qu’on a essayé (de ne pas mentir au peuple) c’est avouer à demi-mots, qu’on n’y est pas arrivé.

Tout est dans ce « essayé » qui sonne comme un échec.

Voilà pourquoi c’est un formidable aveu, car il sous-entendait aussi, que le RPR pendant cette campagne avait moins menti que le Parti Socialiste, et qu’au fond, madame la journaliste, c’est celui qui avait le moins menti, qui l’avait emporté.
Ou, pour être plus précis, l’électeur avait donné sa voix à ceusses dont il avait le sentiment qu’ils lui mentaient le moins, ou lui mentaient avec talent.

Dans la vraie vie, ça ne se danse pas toujours comme ça, soit-dit en passant.
Par exemple, dans la vraie vie, vient le moment ou Cécilia n’a plus envie de mentir, ni même d’essayer de mentir aux français.

Et si cette omniprésence sarkoïdale avait un but caché ?

Et si ce désir exacerbé d’occuper quotidiennement nos écrans de télévision avait une justicifation inavouable ?

Masquer la vérité, par exemple.

Cette vérité n’est pas l’incompétence d’un gouvernement, mais son impossibilité à mettre en place un programme, celui du candidat Sarkozy, parce que ce programme est irréalisable, comme la baisse promise de quatre points des prélèvements obligatoires, comme cette fumisterie publicitaire qui consistait à nous faire croire qu’il suffirait de travailler plus pour gagner plus, comme de promettre le droit de vote (pour les élections locales) aux immigrés résidant depuis au moins dix ans sur le sol français (irréalisable car « son » parti, l’UMP, ne le veut pas) comme de nous faire croire qu’il serait, Nicolas Sarkozy, le président du pouvoir d’achat, présomptueuse promesse, tant le candidat en question faisait (volontairement) fi des variations plus que saisonnières mais pour le moins prévisibles du prix des matières premières et du baril de pétrole.
Oh certes, il ne pouvait prévoir, ce candidat, que l’été venu, s’écroulerait la Bourse, tu sais
la putain de crise du Subprime .. Et que nous le payerions cher, très cher.
Ah, qu’elle est loin, mais comme elle s’éloigne, Nicolas,
ta France de propriétaires !

(Mais apprends donc une fois pour toutes, bordel, cet adage de 
Bourbon Busset :
« Ne rien prévoir sinon l’imprévisible. »
Pour un politique, ça me semble être la première des règles, non?)


Quelle différence alors, me direz-vous, entre le Sarkozy du 28 mars 1993 et celui d’aujourd’hui ?

Eh bien la différence est énorme :

En 2007, Nicolas Sarkozy n’a pas essayé de (ne) pas nous mentir, il nous a mentis.

Et c’est pourquoi, il occupe tout l’espace médiatique, pour que ça ne se voit point.

Ou le plus tard possible, le temps de trouver la parade.
Mais je vais vous dire : elle est déjà prête, cette parade.
Je la sens redoutable (de mauvaise foi).

Notez que du temps où il était Ministre de l’Intérieur, il n’aura pas rusé différemment.
Afin qu’on ne remarquât point que son bilan n’était qu’une litanie de chiffres faux, surgonflés, il sur-occupa comme aujourd’hui l’espace médiatique, multiplia les coups dits d’éclats, vous comprenez plus ça brille, plus ça clinque, et moins on la voit, la merde.

Voilà pourquoi cet homme gesticule, voilà pourquoi il squatte nos infos, matin, midi, et soir.
Pour masquer non pas la vacuité de son programme, mais son « dling-dling » qui ternit dangereusement au contact de la réalité.
Cette réalité face à laquelle on ne peut ni mentir, ni même essayer de mentir.

La réalité, comme le scandait autrefois Sega, elle est plus forte que toi, Nicolas.
Et ne m’en veux pas de terminer en citant un slogan publicitaire, tant « Travailler plus pour gagner plus » ou « Ensemble Tout Devient Possible » en sont également.

En d’autres termes qui tuera par le slogan, périra par le slogan.
Et les vaches, elles seront bien gardées.

 

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A propos Philippe Sage

Empêcheur de tourner en rond.
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Un commentaire pour La Sarkomédie Française

  1. ▓▒░▓▒░ dit :

    Bonjour, je viens de lire les derniers billet. Du vrai "ASI" (arrêt sur images). Très bien vu, très bien décripté. J\’ai beaucoup aimé la façon dont tu décris les évènements, les expressions de ces personnages "hors du commun vis-à-vis de la réalité", et le certain mimétisme, si ce n\’est un mimétisme certain avec Jean Lefèvre, quand il s\’énerve (on ne l\’imagine pas, on le voit à sa place). Et à quand des journalistes qui poseront les vraies questions que l\’on se pose, nous ? Quoi, je t\’ai tutoyé, moi ? tu demanderas des excuses à Nicolas.

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