Sweet Mary [*]

C’était juin 1986.

Manu, KJ et moi participions à un tremplin rock.
On avait embarqué le 4X4 à Jackie, et zou direction le Macumba d’
Angoulème (Eh oui, c’est pas facile-facile, la vie d’artiste, oh non …).

Elle était chouette, Jackie.
Nous avait prêté sa petite maison
d’Aix-sur-Vienne, maison splendidement délabrée, toute pleine de gravas et d’étranges fantômes, bicoque perdue dans un immense parc, y’avait même en son presque centre un lac pété de nénuphars et de canards boiteux.
C’est là que nous répétions.
Dans cet endroit dadaesque et/ou stoogien.
C’est là qu’on se prenait pour les
The Cure du Massif Central.

Juin 1986, nous y voilà donc dans ce Macumba.
Nous y sommes accueillis avec un bel amusement.
Voire sarcasmes.
Faut dire que la veille, le groupe annoncé comme phare de
Limoges s’était puissamment vautré.
Mais nous, aussi cons que jeunes, donc très très très (ad lib) cons, nous ne doutions absolument de rien.
Et branche la guitare, fais ronfler la basse, tu la sens bien ma grosse caisse, oh dis oh, tu vas m’en mettre de la reverb’ dans la voix, parce que garçon, tu vas voir ce que tu vas voir.

Et on les a tués, les mecs.

Même que Nono, le guitariste de Trust, il est venu nous voir après les "balances" pour nous dire que ben merde, oh ben ça alors, les mecs, c’est bien le meilleur truc que j’ai entendu depuis le début de ce foutu tremplin.

Nono, il faisait partie du jury.

Un jury où l’on trouvait – entre autre – un Bernard Lavilliers tout de cuir vêtu (comme d’habitude, quoi …) et, va savoir pourquoi, Annie Girardot accompagnée de – plus incongru encore – Bob Decout, dont le nom ne dit heureusement plus rien à personne, à moins que, mais ce serait énorme, que quelqu’un ait gardé un souvenir ému de "Adieu Blaireau".

Nous n’étions pas peu fiers de l’avoir impressionné le Nono.
Ca valait bien une tournée de bières.
Qui vira vite fait au pluriel.
Je veux dire, la tournée.

Le soir, maquillé comme des Stones volés, on a donné tout ce qu’on savait.
De toutes les façons à cet âge-là (19 à 24 ans) on ne réfléchit pas, on donne, et ensuite, on discute.
De nous, bien entendu, parce que le reste, bien évidemment ça ne nous intéressait pas ou alors super moyen.

Le jury nous a classé preum’s devant un groupe de Poitiers.
Nous étions, avec lui, qualifiés pour la 1/2 finale.
Inutile de préciser qu’on se la racontait copieux au nez et aux seins des bunny’s blondasses du Macumba d’Angoulème.
Même qu’y en avait une qui s’prénommait Connie.

On a fêté ça dignement dans les rues de Limoges, le 21 juin de l’année 1986, jour de notre dernière fête de la musique.

Dernière, car ensuite, j’sais plus, une embrouille, un malentendu sur lequel tout le monde avait largement couché, a fini de dégoûter KJ, le batteur, qui nous a dit droit dans les mirettes, qu’étant donné que c’était comme ça (faut dire que le malentendu en question, c’était un peu sa femme tout de même …) eh bien la finale, ce serait sans lui.
On a eu beau essayer, même se traîner à ses genoux, c’était plus la peine.

On a dégoté un batteur dans une école calculée pour, un très jeune, pas mal doué, mais vraiment trop jeune.
On a doublé les doses, répété comme des salauds, même on appelait les organisateurs pour leur dire que voilà, on avait tous perdu notre grand-mère, qu’il fallait reculer la date de la 1/2 finale, allez s’il vous plaît quoi ..

Et ils l’ont fait.
Nous ont filé une autre date, sauf que, apparemment, pleins d’autres groupes avaient eux aussi perdu leur grand-mère, une épidémie de canicule certainement, et qu’au lieu des six prévus, nous étions douze groupes en piste, et devait n’en rester … qu’un (Kho Lanta à côté c’est de la blague).

Le petit, l’a pas résisté à la pression, il s’est emmêlé ses pinceaux de baguette sur les trois morceaux.
C’était fini.

Mais tout de même, nous sommes restés dans cet Angoulème de malheur, la finale ayant lieu le lendemain.

C’est là que je l’ai vu pour la première fois.

Ce soir-là, Manu et moi, nous étions très loin de la scène, vissés au bar, l’alcool ne nous consolant de rien, d’autant plus que le groupe de Poitiers, celui qu’avait terminé derrière nous, il y était en finale.

Putain de finale !
Rien ne nous transportait.
Mais rien !
C’était
Cookie Dingler & Compagnie.
De la guimauve, quoi.

Quand soudain …

Quans soudain il est monté sur scène, ce groupe que personne ne connaissait.

Je m’en souviens, dès le premier riff de guitare, Manu et moi, on a lâché le comptoir.
On ne disait plus rien.
Enfin, il se passait quelque chose !

Et puis, y’avait lui, là ; le chanteur.

C’est pas qu’il le vivait ce qu’il chantait, c’est qu’il était habité par.
Et nous, comme hypnotisés.
Impossible de détourner notre regard de ce mec.

Je crois avoir prononcé le nom de Jim Morrison et que Manu m’a prié de me taire, que j’étais chiant putain à comparer toujours untel à un autre, que non, il était "lui", et rien d’autre.

"Lui", il a fait rendre l’âme à un micro.
Les mecs de la sono, ils étaient tellement sur les rotules qu’ils n’ont pas réagi.

Enfin pas tout de suite.

Mais "lui", le chanteur, ne s’est pas arrêté pour si peu ; au contraire, il a continué à chanter, sans micro, et tout en haut où nous étions, nous l’entendions encore.
Les types à côté de nous, ils en ont, pour certains, lâché leur verre, babas.
Quant à Connie, elle est restée super égale à elle-même.

C’est pas ce groupe qui l’a gagné ce foutu tremplin.
D’ailleurs, on n’a pas trop bien compris pourquoi.
On a hésité à demander des explications à ce Bob Decout, mais non.

Quant au chanteur du groupe en question, il sort demain, mardi 16 octobre 2007.

Il s’appelle Bertrand Cantat.

Je n’ajouterai rien d’autre.
Je ne crois pas que le moment soit bien indiqué pour, mais le sera-ce un jour ?
Et de grâce, n’allez rien en conclure.
J’avais juste envie de raconter ce moment.
Et rien de plus.

[*] Sweet Mary

AJOUT DU MARDI 16 OCTOBRE :
Il faut ABSOLUMENT lire d’urgence ce billet admirable de Laurent Gloaguen, vraiment, et très sobrement intitulé : Bertrand Cantat.
Merci monsieur …

       http://stat.radioblogclub.com/radio.blog/skins/mini/player.swf

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6 commentaires sur “Sweet Mary [*]

  1. C\’est la fête à Bertrand Canta en ce moment.
     
    Tout le monde y va de son petit commentaire crasseux, une vrai discussion de bistrot sur toutes les ondes, sur toutes les chaines, à toutes les sauces et sérieusement c\’est gonflant.
    Ce mec a été jugé.
    Notre Justice permet à tout condamné de demander en mileu de peine, une liberté conditionnelle.
    Il l\’a obtenu cette semi-liberté alors qu\’on lui foute la paix.
    Je ne prend aucunement partie. Ce qu\’il a fait est ignoble, mais…
    Je n\’y était pas à cette soirée et tous ceux qui ouvrent leurs gueules ces derniers jours n\’y étaient pas non plus alors de grâce… on ne se met pas dans la peau des gens. Le pétage de plomb est si vite arrivée parfois surtout sous l\’ emprise de je-ne-sais-quoi.
    On peut trouver ça injuste qu\’il n\’aie fait que 4 ans de mitard mais c\’est une décision de justice. C\’est la loi.
    Si elle est mal faite, on peut toujours en changer.
    En tout cas rien ne fera revenir Marie trintignant à la vie. Même pas la colère.
     
    C\’est une jolie anectote, empreinte de nostalgie. T\’aurais pu être une rock Star qui sait, si t\’avais gagner ce tremplin ?
    Comme quoi, on ne sait jamais ce que la vie nous réserve.

  2. C\’est vrai, je l\’ai effacé .. Ce matin, en le relisant.J\’ai trouvé que ce n\’était pas .. Enfin, que ce n\’est pas ce que je voulais dire.Laurent Gloaguen, lui, a su trouver les mots.Et donc, je te préfère nettement t\’envoyer à la lecture de son billet : Bertrand CantatBien à toi ..

  3. Merci pour cette réorientation.
    Laurent Gloaguen trouve les mots justes.
    Je suis triste pour la famille Trintignant.
    Je suis triste pour Bertrand Cantat.
    Foutons leur la paix.
     

  4. Ben voilà Greg. C\’est ca : foutons-leur la paix !La question que je me pose, c\’est POURQUOI "on" ne veut pas la leur foutre, la paix.Qui peut répondre à cette question ?

  5. parce que son geste est inadmissible …..Le problème nous ni étions pas ….
    Je pense qu"autant l\’un que l\’autre se sont detruit…… deux écorches vifs …..
    leur amour les a mené pour l\’un a la mort ….
    je ne suis pas persuadé que ce qu\’il a fait doit être comparé a ces bourreaux qui tabassent leur femmes 
    Mya
     

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