Pas De Bus Pour Travailler Plus.

C’était vendredi.
Le 3 août [*] donc.
Fallait que j’y aille au taff.
Et vite.
Je me rends donc à l’arrêt de bus.

Il est 11h00.

Et j’attends.
Il fait une chaleur épouvantable.
Je gobe un Minute Maid.
A côté de moi, une dame s’impatiente, elle marmonne, elle peste, elle fait les cents pas.
Régulièrement, elle quitte l’abribus pour aller sur la chaussée, tordre son cou en espérant apercevoir le museau du bus 42 ou 44.
Mais rien.
Alors elle remarmonne, repeste, refait les cent pas.

Et il est déjà 11h30.

La chaleur ne faiblit pas.
Au contraire.
Je dessoude une Orangina.
La dame me regarde, je crois qu’elle veut me prendre à témoin, mais je ne quitte pas les écouteurs de mon Packard Bell Pulse.

Il est près de 11h45 et Lupé Fiasco me déride les portugaises.

Cette fois, je crois que la dame va définitivement quitter l’abribus, elle est toute rouge, on dirait une énorme pivoine sur deux jambes, elle fulmine, encore dix minutes et, j’en suis sûr, elle va exploser sur place.
Le soleil, lui, nous fusille, le salaud.
J’exécute une mini-bouteille d’eau minérale.
Quand soudain, je vois la dame faire des grands gestes de la main.
C’est lui, il arrive bien pépère, en faisant un gros "pshiiiii", le bus de la ligne 42.

Il est 11h52.

Elle lui dit deux mots au chauffeur, la dame, et ça ne ressemble pas vraiment à de la poésie, mais dans le regard de teckel de l’employé de Tisséo, je lis une indifférence polie, presque condescendante.

Moi aussi, j’aurais quelques mots bien choisis à lui balancer, mais ce n’est qu’un employé, il n’y est pour rien après tout.
Non, ce n’est pas de sa faute si ses responsables, les pontes de Tisséo, ont décidé qu’il n’y aurait qu’un bus toutes les cinquante-deux minutes sous le fallacieux prétexte que nous sommes au mois d’août.
Les décideurs de Tisséo ont dû se dire qu’au mois d’août, les toulousains ne travaillaient pas, que nous n’étions carrément pas là, ou pire, que comme nous étions des gros flemmards puisque sudistes, on n’allait tout de même pas se déranger, aller bosser par une chaleur pareille au vu des litrons de rosé que nous nous étions sûrement envoyés la veille.
Et donc, on va leur mettre un bus toutes les 52 minutes à ces fainéants.

Ben c’est raté, les mecs.

Figurez-vous qu’on est encore une belle armée à travailler, voyez-vous.
Je vous rappelle qu’on nous a même gracieusement invités à travailler plus pour gagner ce que les autres (chômeurs, Rmistes, handicapés ..) n’ont pas.
Et donc, nous aimerions bien, monsieur Tisséo que vous en preniez bonne note, une fois pour toute, et que vous nous mettiez des bus tous les quarts d’heure, si c’est pas trop vous demander, afin que nous puissions nous rendre au boulot normalement, nous, les "amotorisés".
J’ajouterai que je me demande si au fond, le fainéant, le gros flemmard, le tire-au-flanc, ce ne serait pas vous, par hasard, monsieur Tisséo, et que, pour vous moquer du monde, et déconsidérer ouvertement vos concitoyens vous ne mériteriez pas une belle … mise à pied(s).

Sur ce, monsieur Tisséo, sachez que je vous emmerde profondément.

[*] Le CSA a fait parvenir une lettre à toutes les radios et télés pour les informer qu’on ne prononçait pas le "t" de août.
Il faut donc dire le mois "d’ou" …

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A propos Philippe Sage

Empêcheur de tourner en rond.
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2 commentaires pour Pas De Bus Pour Travailler Plus.

  1. Point G dit :

    "c\’est rigolo mais c\’est salaud"Je jubile : "Voir la France qui bosse et se préoccupe d\’arriver à l\’heure, c\’est  jouissif…Mon lavage de cerveaux porte ses fruits". (ndlr : Propos de Monsieur le Président français, recueillis à la suite de la publication du billet de Monsieur Sage)La France pourra bientôt passer du côté obscure.Viens, bascule de l\’autre côté, petit gaucho. Le côté obscure du libéralisme. La Force. La droite en force. C\’est douloureux mais tellement bon. Aaaaaaaaaarrrrghhh

  2. mélina dit :

    Ah, elle a la dent dure, la langueur occitane.
    En attendant le bus, j\’aime bien son retard, qui est devenu le mien, à l\’heure où tout le monde ici a faim, moi j\’ai pris ton train.
    Des bizettes

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