Les Racailles Et La Salope

Ainsi donc, ne se rendant même pas compte qu’il était filmé par une chaîne de télévision lyonnaise, Patrick Devedjian a traité Anne-Marie Comparini de "Salope" ; et observez bien la vidéo, il le fait de manière très naturelle, même que ça sort carrément du coeur.


Comparini
envoyé par TDLYON

Oui, ce qui marque dans cette vidéo, c’est le rictus méprisant, dégoûté, de Patrick Devedjian, rictus qui ne laisse aucun doute : l’homme pense vraiment ce qu’il dit.

Alors pourquoi s’excuser ?

Ah oui … parce qu’il y avait une caméra qui filmait la scène, que cette scène a été montrée à la télévision, qu’elle fait un tabac – pour reprendre le terme de Renaud Muselier, au centre sur cette vidéo, et qui, je vous le dis, ne doit pas s’embarrasser non plus, en privé, de qualificatifs tout aussi fleuris – sur Internet !
C’est donc la raison pour laquelle, Patrick Devedjian s’est excusé : la scène ayant été rendue publique …

J’aurais, pour ma part, préféré qu’il assumât totalement ses propos, c’eût été beaucoup plus franc.
Tellement moins hypocrite.
Qu’il nous dise que, ben oui, pour lui, pour des raisons "X", Comparini est une salope, et que lui-même est traité de salaud, ou de sale con, par ses adversaires, et même par certains de ses collègues de Droite ..
Mais en s’excusant, quel message veut-il nous faire passer ?
Que c’est un accident ?
Un vulgaire dérapage ?
Que non, jamais, dans le milieu politique on ne traite les femmes – ou les hommes – de "salope" ?
Mais ce n’est absolument pas un accident, ce n’est pas du tout un dérapage, c’est un fait !
C’est même monnaie courante !
Oui, c’est ainsi, si ce n’est pire, que l’on se traite dans le milieu politique, et pas que dans le milieu politique.
Entre femmes, aussi, vous savez, on se traite de salopes ; ça vous étonne ?
Ce qui me choque, c’est la réaction du Président Sarkozy, balayant d’un revers de la main caméras, questions pressantes et journalistes, avec ce sourire, toujours le même, ce rictus qui exprime à la fois le contentement de soi et le dédain, renvoyant tout ce beau monde tellement offusqué à ses chères études en lâchant :

"Ce n’est pas un façon de parler aux femmes (- là, pardonnez-moi, mais je pouffe .. -) Et puis, il s’est excusé !"

Tout est dans ce : "Et puis, il s’est excusé !"
Ce qui signifie : l’incident est clos, circulez, y’a rien à voir !
C’est intéressant d’entendre Nicolas Sarkozy s’exprimer de la sorte, lui, qui n’a pas, jamais, l’intention de s’excuser, de rien, lui qui via Pascal Bruckner nous assurait hier, que la repentance est une forme de haine de soi.
Lui qui traita (une partie) de la jeunesse des banlieues de racailles :

"Vous voulez qu’on vous débarrasse de cette bande de racailles ? Avait dit Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur, à la dame qui l’interpellait du haut d’un appartement d’une cité d’Argenteuil. Eh bien on va vous en débarrasser !"

Je me souviens alors des réactions indignées.
Du tohu-bohu.
Du brouhaha.
Quoi ? Un responsable politique de premier plan utilisait un mot qui n’était pas le sien !!!
Un mot appartenant au langage des quartiers.
Sacrilège, bordel de Dieu, sacrilège !!!
Oui, l’on se traite quotidiennement de racailles dans les quartiers, c’est même pas une insulte, mais qu’un homme qui n’est pas de la tribu emploie ce mot, alors, cela devient une insulte.
On somma le Ministre de l’Intérieur de s’excuser ..
L’a-t-il fait ?
Ben non.

Vous me direz, ça n’a pas grand chose à voir avec cette pathétique affaire Devedjian.
Qui a fait bien pire, à mon sens, lors des incidents de la Gare du Nord …
Certes, ça n’a pas grand chose à voir, je vous le concède.
Quoique !
"Racaille", tout comme "salope", ne constitue pas toujours une insulte.
En vérité, cela dépend de celui ou celle qui les prononce, de la manière dont le mot est lâché, du ton, du contexte et du rictus qui va avec, ou pas.
Ce qui est clair, avéré, c’est que Patrick Devedjian pensait réellement ce qu’il disait, au moment où il le disait.
Et dans ce cas, s’excuser est encore pire.
Le courage eût été d’assumer.
Mais Patrick Devedjian est (très) loin d’être cet homme-là : un homme courageux qui assume ses propos.
Et là, pour le coup, Patrick Devedjian salope le semblant de "démocratie irréprochable" auquel on tente (vainement) de nous faire croire.

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A propos Philippe Sage

Empêcheur de tourner en rond.
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