La Ringardisation De Nicolas Sarkozy

Il s’est passé quelque chose d’important samedi matin dans un hôtel parisien.

Grâce à Ségolène Royal et François Bayrou, notre pays est ENFIN entré dans l’ère de la politique moderne.
Par ce débat qui se sera finalement tenu, notre pays a découvert à quoi pouvait ressembler une démocratie adulte.
Alors qu’ici ou , l’on dénonçait je ne sais quelles combines politiciennes, ou pire, un déni de démocratie, nous assistâmes à un débat républicain.

Il aurait pu l’être d’autant plus si les journalistes présents autour de la table s’étaient hissés au niveau du débat – du moins, de sa nature – proposé par la candidate socialiste et le leader centriste.
Mais que peut-on encore espérer de Jean-Jacques Bourdin et d’Olivier Mazerolle sinon des questions d’une lourdeur assommante, presque vulgaires, ainsi cette insistance à demander à François Bayrou s’il ralliait le camp de Ségolène Royal.
Ce ne sont pas là, des questions de journalistes, mais de paparazzis de la politique.

Il était pourtant clair que ni Ségolène Royal, ni François Bayrou n’étaient venus pour marchander, combiner, pas même pactiser.
Comprenez que cela déroute le journaliste qui ne pense qu’à une chose : soutirer des protagonistes la petite phrase assassine qui fera crépiter l’AFP, comme le paparazzo vole une photo de plage qui fera les beaux jours de la presse people.
Pauvre Bourdin qui de ce débat n’espérait que le bikini de Royal ou le boxer de Bayrou ; il n’a pas compris que cela se jouait au- dessus, au dessus des .. parti(e)s !

Quant au débat proprement dit, il aura eu le mérite de réaffirmer avec force le désir de rénovation de la vie politique française.
Il en est l’illustration, si ce n’est sa concrétisation.
Et même s’il n’en fut jamais question, ce débat sous-entend clairement un changement de nos institutions.
C’est cela que nous devons entendre quand François Bayrou (et dans un registre différent, Ségolène Royal) nous dit :

"Nous ne pouvons plus continuer comme cela !"

Entendre que la Vè république, symbole s’il en est de la vulgate gaullienne, a depuis longtemps atteint ses limites, sans doute parce qu’elle permit par trois fois la cohabitation, elle le permit parce qu’elle fut acceptée d’abord par celui qui fut l’adversaire du Général De GaulleFrançois Mitterrand (1986/1988 et 1993/1995) puis par le "présumé" gaulliste, Jacques Chirac (1997/2002).

Cet étonnant concept de la cohabitation pu, a priori, apparaître comme la preuve que deux partis opposés pouvaient gouverner ensemble.
A postériori, il est désormais avéré que ce concept typiquement français, conduisit notre pays au déclin, notamment économique, avec une accélération vertigineuse de la dette ; mais pire encore : l’impasse que représente la cohabitation n’a pas préparé la France à la mondialisation.
Pour la France, la mondialisation est une menace dont il faut se protéger, alors que (presque) partout ailleurs, et notamment en Europe, c’est une chance.

J’ajouterai deux points :

1 – Quelle fut l’issue présidentielle des trois cohabitations si ce n’est à chaque fois, un score imposant du Front National avec pour la dernière (et la plus longue) des cohabitations la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour ?
Vous noterez qu’il n’en fut pas de même lors du premier tour de cette élection, quand bien même la stratégie de Nicolas Sarkozy, capter au mieux l’électorat frontiste, s’est avérée payante.
Il n’en faut pas moins rester vigilant, car c’est le score du FN qui a reculé, et non ses idées.

2 – Quelle fut la parade pour éviter toute nouvelle cohabitation ?
L’instauration du quinquennat.
En cela, le quinquennat ne constitue qu’un cache-pot.

Il faut aller plus loin que le quinquennat et réformer nos institutions.
Avoir ce courage, cette volonté.
C’est par la réforme de nos institutions que nous pourrons rénover la vie politique française, la faire entrer dans le monde politique moderne, dans une démocratie adulte.
C’est cela que réclament – avec certes quelques divergences techniques – François Bayrou et Ségolène Royal.
Et le débat de samedi matin n’était rien d’autre qu’un exercice concret de cette république future.

Et donc, en dénaturant le sens de ce débat, Nicolas Sarkozy s’est "démodernisé" brutalement.
Par ses déclarations, que je qualifierais d’un autre âge politique, il s’est même "ringardisé".
Mais en même temps, son attitude valide le postulat énoncé au soir du premier tour :
Oui, nous avons véritablement le choix entre deux visions de la société, mais aussi de la République :

– Soit la rénovation de la vie politique par un changement (profond) de nos institutions tel que le propose Ségolène Royal.

– Soit une démocratie irréprochable mais dans la continuité de nos institutions, ce qui est paradoxal quand on s’est fait le chantre de la rupture, fut-elle tranquille.

Mais justement, est la question :

Comment peut-on nous garantir une "démocratie irréprochable" sans réformer nos institutions ?
Comment croire à une "démocratie irréprochable" tout en conservant les mêmes règles, règles qui n’ont pu (ou su) la garantir lors de ces 30 dernières années ?

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