Le Mauvais Elève, Le Pen.

Soixante-neuf !

C’est le nombre de candidats qui ont sollicité nos suffrages en sept élections présidentielles de 1965 à 2002.
Un peu moins d’un tiers (24) parvint à dépasser la barre des 10% lors du premier tour..

Partant de ce constat, est-il possible d’établir un classement du "premier tour", et surtout sur quelle base ?

Il me semble qu’un classement en fonction du pourcentage des inscrits sur les listes électorales soit plus juste qu’en fonction du pourcentage des suffrages exprimés, voire des valeurs brutes, et ce pour deux raisons :

– Le nombre d’inscrits étant en augmentation constante à chaque élection, on ne peut se baser sur les valeurs brutes. 
Ainsi, les 11 044 373 voix obtenues par François Mitterrand au premier tour de l’élection présidentielle de 1974 sont certes supérieures aux 10 828 523 suffrages de Charles De Gaulle lors du premier tour de 1965, mais en 1965, ils étaient 28 913 422 inscrits sur les listes électorales contre 30 602 953 en 1974.

– L’abstention n’étant pas une donnée immuable, il vaut mieux considérer le pourcentage des inscrits que celui des exprimés.
Il me semble, en effet, qu’on ne peut mettre sur un même plan les 19,88% de Chirac en 2002 et les 19,96% du même Chirac en 1988 quand on sait que l’abstention fut de 28,40% en 2002 et de 18,65% en 1988.

Ce sont les raisons pour lesquelles, c’est un classement sur la base du "pourcentage des inscrits sur les listes électorales", donc tenant compte de la variable abstention, que j’ai privilégié pour élaborer ce classement, où l’on se rend compte – entre autre – que Jean-Marie Le Pen fait figure de (très) mauvais élève.

En gras, les qualifiés pour le second tour.
En gras et jaune, les vainqueurs de la présidentielle.

1 – Charles De Gaulle 1965 (37,45%)
2 – François Mitterrand 1974 (36,09%)
3 – Georges Pompidou 1969 (34,06%)
4 – Valéry Giscard d’Estaing 1974 (27,21%)
5 – François Mitterrand 1988 (27,19%)
6 – François Mitterrand 1965 (26,61%)
7 – Valéry Giscard d’Estaing 1981 (22,59%)
8 – François Mitterrand 1981 (20,62%)
9 – Alain Poher 1969 (17,85%)
10 – Lionel Jospin 1995 (17,75%)
11 – Jacques Duclos 1969 (16,29%)
12 – Jacques Chirac 1988 (15,91%)
13 – Jacques Chirac 1995 (15,87%)
14 – Jacques Chirac 1981 (14,36%)
15 – Edouard Balladur 1995 (14,15%)
16 – Jacques Chirac 2002 (13,75%)
17 – Raymond Barre 1988 (13,19%)
18 – Jean Lecanuet 1965 (13,06%)
19 – Jacques Chaban-Delmas 1974 (12,61%)
20 – Georges Marchais 1981 (12,24%)
21 – Jean-Marie Le Pen 2002 (11,66%)
22 – Jean-Marie Le Pen 1988 (11,46%)
23 – Jean-Marie Le Pen 1995 (11,43%)
24 – Lionel Jospin 2002 (11,19%)


En ce qui concerne l’élection de 2002, il convient de prendre en compte le score de Bruno Mégret, dissident du FN (mais défendant les mêmes idées que le FN).
En % des inscrits, le candidat du MNR obtint 1,62 (2,34% des suffrages exprimés).
Le total des voix d’extrême droite pour 2002 s’établit alors à 13,28% ce qui constitue le 17ème score au lieu du 21ème comme inscrit sur ce tableau.
Quoi qu’il en soit, il n’en reste pas moins que cela reste un score particulièrement bas.

Ce qui ressort de ce tableau, c’est bien cela : une extrême droite beaucoup moins gaillarde qu’on nous la présente.

Il n’est, bien évidemment, pas question par ce tableau de nier l’importance du vote FN ; en revanche, il apparaît bel et bien que :

– Plus l’abstention est élevée, et plus le FN en tire parti, notamment en 1995 et 2002.
Il ne sera jamais assez dit que l’abstention est, quelque part, la meilleure alliée du FN.
A méditer …

– Si l’abstention est élevée, c’est bien le signe – on ne le dira jamais assez – d’une crise démocratique (grave) dans notre pays, crise nourrie par l’impuissance des responsables politiques "traditionnels" s’étant succédés au pouvoir et desquels se détournent progressivement les électeurs.

– Les électeurs se détournant des choix "traditionnels" ne se réfugient pas pour autant dans le vote FN.
Auquel cas, celui-ci aurait dépassé les 11,66% d’inscrits (ou les 13,28% si l’on retient l’association FN/MNR pour la présidentielle de 2002).

– Pour autant, rien ne permet de dire que pour cette élection, le pas ne sera pas franchi !
Mais si tel était le cas le 22 avril prochain, ce serait avant tout une formidable défaite pour nos responsables politiques
"traditionnels" n’ayant pas su, ou pas pu, en 23 ans (le FN a réussi son 1er score à deux chiffres lors des élections européennes de 1984) trouver la moindre réponse démocratique (voire pédagogique, si ce n’est historique) aux thèses extrémistes développées par le Front National (1ère idée nauséabonde : 2 millions d’immigrés, 2 millions de chômeurs).

Pour l’anecdote, notons que c’est en … 1988, que Jacques Chirac a obtenu son meilleur score au premier tour d’une élection présidentielle (en pourcentage d’inscrits, toujours).

A ce titre, Chirac restera comme un symbole, celui de la « fracture démocratique ».

NB : Au second tour de l’élection de 2002, Jean-Marie Le Pen obtint … 13,42% des inscrits ! (Chirac 62,01%)

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A propos Philippe Sage

Empêcheur de tourner en rond.
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