« Douze » France

Et donc voilà, ils sont officiellement douze (d’où le titre de ce billet) candidats pour cette 8ème édition de la Nouvelle Sta .. de la Présidentielle, pardon …

Douze c’est quatre de moins qu’en 2002, et pourtant on n’y voit pas plus clair pour autant.

Autant le dire franchement, je trouve, moi, que douze c’est trop.
Autant de candidats pour une élection présidentielle, pardonnez-moi – comme le dit tout le temps Guillaume Durand – mais ça n’est pas le signe d’une démocratie en bonne santé. 
Bien au contraire.

En fait, je suis de l’avis de Michel Rocard [1] à la seule différence que je n’irais pas jusqu’à penser qu’il faille "se débarrasser de l’élection présidentielle au Suffrage Universel." …
Quoique …
Ca mériterait peut-être réflexion …

En attendant, il en est un qui se réjouit qu’il y ait autant de concurrents, et c’est, bon sang, mais c’est bien sûr ! :
Nicolas Sarkozy.
En cela, il est logique, puisque c’est le même qui avait appelé les maires (y compris ceux de l’UMP) à apporter leurs parrainages à Jean-Marie Le Pen et … Olivier Besancenot !
Dans cet appel, Besancenot, c’était juste pour faire joli, diversion … (quand bien même ce jeunôt prônerait la révolution, mais bon, on n’est plus à ça près)… Pour que le coup de pouce au leader du Front National ne se voit pas trop.
Enfin, moins quoi …

C’est fou (désolant plutôt…) comme les époques changent, n’est-ce pas ?
Un candidat quel qu’il soit, aurait en 1995 lancé le même appel que Sarkozy lors de cette campagne 2007, qu’il se serait fait traiter illico-presto de tous les noms d’oiseaux ..
Honte sur sa famille et tutti quanti ..
Mais en 2007, non …
Ca passe comme une lettre (de Pierre Laval) à la poste.
Ce qui veut bien dire qu’après 23 ans de scores à deux chiffres, Jean-Marie Le Pen a fini par gagner (la bataille ..), puisque désormais, voyez-vous, "on" le considère comme un pur démocrate, un véritable républicain.

Il doit doucement rigoler "le vieux" dans son Montretout ..

Et alors je ne vous parle même pas d’un type qui aurait proposé (toujours en 1995) de créer un ministère de l’Immigration ET de l’Identité nationale
Je parle d’un leader du RPR ou du PS, bien sûr …
Politiquement, il était mort de chez mort, cet homme-là.
Ben aujourd’hui, non …
Mieux : il prospère et les citoyens sont même d’accord.
Dreyfus doit se retourner dans sa tombe …

Or donc, Nicolas Sarkozy se réjouit que douze candidats soient en lice pour l’élection présidentielle, car, dit-il, "il faut que les français puissent penser librement."

La vérité, c’est que cette profusion de candidats fait sacrément son affaire.
En effet, ils sont sept sur sa gauche (Schivardi, Laguiller, Besancenot, Buffet, Bové, Voynet et Royal) deux à sa droite (Bayrou et Nihous) et deux à la droite de sa Droite (Le Pen, De Villiers).

Pourquoi c’est une sacrée belle affaire ?

Parce que lui, Sarkozy, il peut piocher sur sa droite.
Comme par exemple reprendre la TVA sociale de Bayrou, ce qu’il fit sans barguigner dimanche soir dans France Europe Express sur France 3.
Il peut flatter les chasseurs, les pêcheurs, les viticulteurs sans vergogne aucune.
Mais mieux encore !
Il peut s’approprier des idées de l’extrême Droite (Le ministère de l’Immigration ET de l’identité Nationale donc, et même des slogans tels que "La France, tu l’aimes ou tu la quittes !") sans que cela ne choque son électorat potentiel !

En revanche Ségolène Royal ne peut reprendre aucune proposition phare sur la gauche de sa Gauche comme la gratuité des soins pour tous, le SMIC à 1500€ net tout de suite, une augmentation de 300€ de tous les salaires sur le champ ou l’interdiction de licencier, sous peine de passer pour une déconnectée totale du monde réel.
Une "socialiste archaïque", comme "ils" disent …
Cette gauche "radicale" si nombreuse par ses représentants est un piège redoutable pour la candidate du PS, un énorme boulet dont elle n’aura aucun intérêt à s’encombrer.

Bref, elle est seule.
Ce qui n’est pas un scoop, j’en conviens, mais depuis hier, lundi 19 mars dix-huit heures, c’est officiel : elle est "desperate housewife".

Voilà pourquoi Sarko se réjouit de cette multitude de candidats.
Et cette réjouissance n’a rien à voir avec une (très) présumée bonne santé de notre démocratie, un je ne sais quel lyrisme Voltairien, ou le fait que chouette ! les français vont enfin pouvoir penser librement.

D’ici à ce qu’il nous redise que cette campagne, il commence à pas trop mal la sentir, il n’y a qu’un pas.
Il ne le dira pas, bien sûr, mais il le pense si fort, que c’en est indécent.

[1] Extraits d’un entretien accordé par Michel Rocard à Olivier Rouquan, le lundi 6 novembre 2006 :
O. Rouquan – Pensez-vous souhaitable de limiter le nombre de candidatures possibles à la présidentielle ?
M. Rocard – Je pense que ce serait éventuellement souhaitable, mais difficile. Se présenter à une élection est une liberté constitutionnelle… Il faut monter à mille parrains. Ceci est raisonnable. Pourquoi pas ? Mais il faut peut-être se débarrasser de l’élection présidentielle au Suffrage Universel. Regardez : des petits partis, seul le Parti radical de gauche a tiré la leçon de 2002.

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A propos Philippe Sage

Empêcheur de tourner en rond.
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Un commentaire pour « Douze » France

  1. mélina dit :

    En même temps, 13 à table, je te dis pas la scène de ménage.
    Bizettes

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