Le Vacarme Et La Mère

Que de vacarme pendant et après la prestation de la mère Ségolène lors de cette étrange, inqualifiable émission qu’est "J’Ai Une Question A Vous Poser" !
Une émission de divertissement très vaguement politique qui me semble plus proche de "La Brosse A Dent" de Nagui" ou du "1 contre 100" de Benjamin Castaldi que de "L’Heure De Vérité" de feu Henri De Virieu. 
J’ajouterai que malgré l’absente présence de Poivre, ça manque de sel, tout ça.
Mais bon, si les candidats (et le terme de candidat n’a peut-être jamais aussi bien mérité son nom) acceptent de participer à ce genre de … de chose ?
Oui, s’ils acceptent de jouer LE JEU, eh bien, c’est que, d’une certaine façon, ils en cautionnent le principe, le concept et les conséquences.
Qu’ils ne viennent donc pas se plaindre ensuite que la campagne soit d’un niveau proche du caniveau, et surtout qu’ils arrêtent de faussement s’indigner quand d’aucuns viendraient à prononcer le vilain mot de populisme.
Qu’ils ne viennent pas nous dire non plus que parce que c’est TF1, ils n’ont pas d’autre choix que de participer à cette chose, sinon à quoi ça sert que Bayrou se décarcasse la couane à nous seriner que non, ce n’est pas vous les médias qui êtes les patrons en France.

Au fait, monsieur Bayrou, après être monté sur vos ergots béarnais, il semble acquis que vous allez vous joindre à la fête lundi prochain ?
C’était bien la peine de jouer les outrés, tiens …
C’est à se demander, monsieur Bayrou, qui est le patron ?
Apparemment, c’est pas vous.

Mais revenons à nos moutons, quand bien même aurais-je la triste impression que nous y étions déjà

Or donc, la prestation de madame Royal fut abondamment commentée pendant et après l’émission.
Pendant par le biais du live-blogging.
Pour régler définitivement le compte du live-blogging, je pourrais vous envoyer derechef chez Davduf et voilà, on n’en parle plus, bonsoir chez vous !

Mais ce serait dommage.
Car beaucoup sont d’une irrésistible "drôlitude"

Car oui, comment ne pas sourire avec gourmandise à la lecture de phrases telles que :
"Thème de ce premier quart d’heure : mes fiches, mes fils et mes filles."
"Ségolène Royal va-t-elle prendre l’alcoolique abstinent et le fumeur dans ses bras ?"
La totale étant à dévorer à cette adresse :
"En Ecoutant Ségolène Royal "

Chez Versac aussi, on s’est bien poilé, enfin, le résultat l’est, poilant.
Ca s’intitule sobrement "Segolive" mais je préfère le rebaptiser :
"Je rêve ou il n’y a que des petits entrepreneurs dans ce panel ?"
Moi je rêvais de savoir comment Koz allait "liveblogguer" la chose
J’ai pas été déçu du voyage ..
Ca commence par :

20h45
: Je suis prêt
20h47 : Elle n’est pas en rouge.

Bref ça commence bien.
Et ce n’est pas complaisant.
Exemples :

"Ah tiens, des Etats-généraux de la santé… Il y a déjà des Etats-généraux de l’Education. On va passer un certain temps en Etats Généraux. Pourquoi ne pas faire des Etats Généraux Généraux ?"

Ou bien encore :

"Sur l’euthanasie… “Il faut le courage d’ouvrir un débat”. Non, le courage, c’est de donner à tout le moins une idée de la solution que l’on entend apporter !"

Même s’il est clair que Koz n’est pas du tout, du tout ségolèniste, ça reste objectif (je trouve) et en plus, c’est tordant.
C’est à lire à cette adresse :
"Royal Direct"

Il y a bien d’autres exercices de live-blogging sur "J’ai 3 ou 4 Questions D’Affilée A Vous Poser" pour les trouver suivez les liens donnés par les sites précédents.
Un beau vacarme, en tout cas, ou le terme de "Mère" revient sans cesse.
Autant fut un temps, Chirac abusait de l’expression "En tant que maire de Paris !" autant Ségolène Royal nous inonde de "En tant que mère …"

Ce qui nous conduit aux commentaires d’après match.
Là, j’avoue, je vais faire mon gros flemmard.
Je n’en retiendrai qu’un.
Extraits :

"Avec Ségolène Royal, nous avons désormais la figure de la Mère. Ce qui change tout selon certaines « féministes » ; ce qui ne change rien dis-je. Car nous n’avons besoin ni de Pères ni de Mères, les nôtres suffisent. Cette mère fouettarde veut des bambins vites scolarisés, des enfants sages à l’école, des adolescents propres sur eux et polis, des filles sans string, des cartables pas trop lourds – ce fut longtemps son titre de gloire pendant qu’elle officiait au Ministère de l’Education Nationale-, des jeunes bien élevés menacés d’internat avec encadrement militaire en cas de rébellion. Elle veut des adultes idoines, autrement dits sages, pas morveux, obéissants, polis, sans string et sans cartables trop lourds, car elle aime « la valeur travail » et veut « remettre debout la maison France » ! Voilà qui change tout…"

C’est impitoyable mais c’est pas faux.
C’est intitulé :
"La Mère Fouettarde"
Et c’est signé : Michel Onfray (qu’on ne présente plus)

Alors quant à moi, j’ajouterai ceci :
Effectivement, et je l’avais noté fébrilement sur mes petites feuilles volantes, la mère Ségolène a commencé par dire, affirmer, avec son petit poing serré sur le ventrou, qu’elle voulait remettre la maison France debout.
Et …

… Et 10 minutes plus tard, Bernard d’Annecy l’interpellait.
Bernard dans son fauteuil roulant.
Et celle dont le dessein est de remettre la France debout s’avança vers cet homme dont le destin l’avait condamné à rester assis

Avec cette vidéo, le commentaire terrassant et terrassé de Davduf (extraits)

Et puis, il est là. Bernard, 60 ans, dans son fauteuil roulant. Un micro dans la main, une vie dans la bouche. L’homme est digne. Il parle de son handicap, de la Coterep, de sa scélorose en plaques. Puis, il évoque un ami mort. Bernard voudrait parler de la normalité, de choses comme ça. Mais quelques sanglots. Il se retient. Et elle hésite. Elle hésite, Ségolène Royal. Quelques pas. Puis d’autres. Elle s’approche, accélère, il continue. Le débat politique, mort depuis longtemps, se réincarne à cet instant. En autre chose.

C’est un moment d’importance ; un tournant.

A cet instant, c’est la Télé Royalité. On s’attend à voir surgir Nicolas Hulot saison 1 [1]. Sur le plateau, l’homme parle, et la regarde. Lui le brisé ; elle la belle. Dans mon salon, une voix semble murmurer quelque chose. Une voix de Nikos Aliagas qui nous dirait «  alors, passera-t-elle le premier tour ? Sera-t-elle encore là au deuxième ? Vous le saurez (blah-blah) ». A moins que ce ne soit le staff de Sarkozy qui parle. Qu’aurait-il fait, lui, à cet instant ?

Elle s’avance encore, maladroite. De cette maladresse d’amateur. Cette maladresse de quidam. Cette maladresse d’inconnue. Cette maladresse parfaite en pareille occasion : une maladresse de française tombée dans le panel. Une maladresse trop parfaite, justement. Trop adroite. Pas assez gauche pour être totalement innocente.

Ségolène Royal commence à tendre son bras, à dire « ça va aller ? ». L’homme dit « non, non » comme s’il ne voulait pas de cette compassion désirée par tous. Par lui, par elle, par TF1, par les télespectateurs. Et puis, la main. La main de Ségo sur l’avant bras du paralysé.

Un songe. S’il était dans le studio, Benjamin Castaldi sauterait probablement en l’air. Il a ce côté punk, Castaldi. Il aime le chaos. Il sent les « moments de télé ». Celui ci en est un. La fin de quelque chose recèle toujours sa puissance télégénique. Rien n’est plus télégénique que la mort.

Cette fois, la greffe est prise. Ségolène le caresse, Bernard expire. Elle lui prend la main, il ne bouge pas, ou si peu. Puis elle se retourne, et regagne son pupitre.

C’est un truc. Qui terrasse.

[1] celle de la « séquence émotion » ; pas celle du « pacte écologique »

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