Bergson Est Parfait !

Comment rire, ou simplement mettre un peu d’humour, de légèreté, quand des auditeurs vous parlent de RMI, de chômage, de détresse, de solitude ou d’erreurs médicales ?

Comment se fait-il que cela soit si difficile (alors que dans ma vie de tous les jours, je veux dire « hors antenne » je n’hésiterais pas à dédramatiser la situation par un trait d’humour, et peu importe qu’il soit gras, lourd, subtil, si ce n’est choquant) ?

D’où vient le blocage, en quelque sorte ?

Eh bien, il m’aura fallu retrouver un ancien livre de chevet pour le comprendre.
Ce qui m’anesthésie c’est l’émotion que peut me procurer certains témoignages, comme l’explique Henri Bergson dans son essai intitulé : « Le Rire »

« Le rire n’a pas plus grand ennemi que l’émotion. Je ne veux pas dire que nous ne puissions rire d’une personne qui nous inspire la pitié, par exemple, ou même de l’affection : seulement alors, pour quelques instants, il faudra oublier cette affection, faire taire cette pitié. 
Dans une société de pures intelligences on ne pleurerait probablement plus, mais on rirait peut-être encore ; tandis que des âmes invariablement sensibles, accordées à l’unisson de la vie, où tout évènement se prolongerait en résonance sentimentale, ne connaîtraient ni ne comprendraient le rire.
Essayez, un moment, de vous intéresser à tout ce qui se dit et à tout ce qui se fait, agissez, en imagination, avec ceux qui agissent, sentez avec ceux qui sentent, donnez enfin à votre sympathie son plus large épanouissement : comme sous un coup de baguette magique vous verrez les objets les plus légers prendre du poids, et une coloration sévère passer sur toutes choses. Détachez-vous maintenant, assistez à la vie en spectateur indifférent: bien des drames tourneront à la comédie. Il suffit que nous bouchions nos oreilles au son de la musique, dans un salon où l’on danse, pour que les danseurs nous paraissent aussitôt ridicules. Combien d’actions humaines résisteraient à une épreuve de ce genre ? Et ne verrions-nous pas beaucoup d’entre elles passer tout à coup du grave au plaisant, si nous les isolions de la musique de sentiment qui les accompagne ? Le comique exige donc enfin, pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthésie momentanée du coeur. »

Notez bien que Bergson parle de passer du « grave au plaisant ».
Or c’est dans ce passage que réside toute la difficulté.
Mais c’est bien cela qui est « trop bien » comme le dit « trop souvent » le jeune d’aujourd’hui.
Car, comme l’écrivait Kierkegaard, le philosophe danois :
« Ce n’est pas le chemin qui est difficile, mais le difficile qui est le chemin. »
Et l’humour n’échappe pas au difficile.
Dois-je préciser que je le dis sans l’ombre d’une émotion ?

En attendant, merci Bergson, et … au boulot !

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A propos Philippe Sage

Empêcheur de tourner en rond.
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Un commentaire pour Bergson Est Parfait !

  1. Parques dit :

    Et l\’on devine au détour d\’un hasard…
     
    Pardonnez telle intrusion déplacée. Mais il est des occurrences rendant le mutisme illusoire.Et des hommes Barbara Gould.
     
    Mary(fée)line

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