Pâle Est Royal …

[Compte-rendu du dernier débat régional qui eut lieu jeudi 9 novembre à Labège/Toulouse]

Comme c’est ballot …

Enfin, j’veux dire, pour les socialistes, c’est vraiment trop ballot.
Car, haut les mains et les doigts dans le nez, le vainqueur [1] du débat de jeudi dernier n’est pas candidat à l’investiture.

Ce vainqueur s’appelle François Hollande [2].

Jeudi soir, j’ai découvert un véritable orateur, un authentique tribun, un passionné du combat politique, et je le dis d’autant plus librement que je ne suis pas plus supporter que militant socialiste.
Je ne pourrais d’ailleurs pas être militant d’un parti politique quel qu’il soit, tant le terme (très moche) d’encarté est incompatible avec l’idée que je me fais de ma présumée liberté.
Oh je sais, on peut quand on le veut « rendre sa carte », mais « rendre » me donne envie de vomir.
Or je n’ai pas envie de vomir. C’est dégueulasse. Ca sent le mauvais vin et la sauce madère.

J’ajoute qu’en tant qu’électeur je ne suis pas très fidèle.
Je fais partie des volatiles.

Ce doit être la raison pour laquelle on me vole dans les plumes, lorsque, au cours d’un repas, d’une discussion, on en vient à parler de choix politiques. J’ai pu remarquer, en effet, qu’en matière de vote, il existe des convaincus de droite comme des convaincus de gauche, mais surtout, à l’arrivée, des cocus de droite et des cocus gauche.
Il existe, en clair, des citoyens qui ont toujours voté à gauche, d’autres toujours à droite, comme s’ils étaient nés comme ça.
Ben pas moi.

Mais bon, il n’empêche que je fais aussi partie des cocus, mais de la politique en général, pas d’un camp en particulier.
D’où le sentiment général qu’en matière de politique, le citoyen a cette désagréable sensation qu’au cul, il se fait mettre.
Mais il n’y a pas que le citoyen, car à l’évidence, François Hollande s’est fait mettre en beauté.
En beauté, car c’est vrai, je l’avoue, elle bien jolie, Ségolène.
Mais je me dis aussi, que si elle avait eut le physique D’Edith Cresson, elle ne serait jamais parvenue au niveau qui est le sien aujourd’hui.
Non, je vous assure, ce n’est pas du machisme ou de la misogynie, c’est juste un fait.
Les citoyens de ce pays ne connaissent pas Ségolène, tout comme ils ne connaissent pas François Hollande.
Il y a pourtant un indice qui permettrait de mieux la connaître, Ségolène.
Cet indice est tout simple : Edith Cresson la soutient.

Au risque de faire bondir, j’en donnerai un autre : sa voix.
Oui, la voix de Ségolène peut vous donner une idée de ce qu’elle est en réalité.
Quelque chose qui aurait à voir avec l’autoritarisme, et j’assume ce que j’écris, totalement.

Alors oui, elle prend vachement bien la lumière, je dirais même qu’elle a de l’aura, elle rayonne, et alors ?
Et alors, elle a su capitaliser (étonnant pour une socialiste) elle a su surfer, elle a su, mais elle fait aussi suer les militants, qui, bien souvent, lors de son discours d’écolière, se prenaient la tête à deux mains, désespérés d’entendre des choses du type :
« A nous, socialistes, de construire les digues du Nouveau Monde ! »
Très difficile de ne pas, alors, réprimer un ricanement, un rire de dépit.
De dépit, car les jeux sont faits.
Les carottes sont cuites, quoi.
Surtout pour DSK.

Oh mais quel ennui, ce DSK [3] !
Il avait beau laisser, comme tout orateur qui se respecte, des temps morts dans son discours afin que viennent s’engouffrer les applaudissements, ils ne venaient pas.

Ils sont venus à la fin, par politesse.
Pourtant, il a tenté l’impossible, comme ce :
« Je veux Kyoto, plus tôt ! »
Essayez donc de le dire sans vous vriller la langue, vous allez voir, c’est pas gagné !

Gagné, ce le fut pour Laurent Fabius.
C’est étonnant ce décalage entre les sondages actuels et la réalité du terrain.
Les sondages nous disent que DSK fait une telle percée qu’il en viendrait à menacer la Ségolène, alors que, objectivement, le préféré des militants, c’est Fabius, incontestablement.
Oui, Ségolène fut très applaudie, c’est vrai, mais Laurent Fabius, lui, fut acclamé.
Comme au Zénith à Paris. Comme à Clermont-Ferrand.
Et c’est, somme toute, logique, puisque c’est ici le seul représentant du « non » au référendum de l’an dernier.
Et ce « non » fut important pour les militants du parti socialiste, c’est, du moins, ce dont je me suis rendu compte, jeudi.

Les jeux sont peut-être faits, mais il est possible qu’il y ait un second tour, parce que Fabius.
Parce que Fabius, aussi, était jeudi soir, le seul socialiste pur jus, avec François Hollande.
Fabius n’est certes pas un orateur de la qualité de Hollande, mais par rapport à Ségolène et DSK, il est largement au-dessus.
Il sait comment ça se danse, Lolo.
C’est un roublard.

A Ségolène qui venait de réciter sans âme, ni flamme, un discours de Mitterrand datant de mai 1988, après avoir fait plus tôt (mais en manquant de chien) allusion à Blum et Jaurès, succéda Fabius qui s’appuyant sur le pupitre, dit calmement :
« Blum, bien sûr … Jaurès, bien sûr … Mitterrand, bien sûr… Mais n’oublions pas Lionel Jospin ! » [4]
Et la salle frissonna.
Il évoqua alors, son 10 mai à lui.
L’émotion n’était pas feinte.
Autant cet homme est habité par ce qu’il dit (tout comme François Hollande) autant DSK et Ségolène, pas vraiment.
Oui mais …

…Oui mais, il s’agit, si j’ai bien compris, de choisir celui (ou celle) qui pourrait s’imposer face à Nicolas Sarkozy.
Et le militant, s’il en pince pour Fabius, se dit que seule Ségolène peut le faire.

Et pourquoi ?

Parce que, face à Sarko, seule une femme telle que Ségolène peut raisonnablement l’emporter.
Parce que les français, ils veulent du neuf. De la fraîcheur. Et que Ségolène, c’est elle, la fraîcheur.
Ce n’est pas DSK et ses yeux de cocker, son air déjà résigné ; ce n’est pas Fabius, trop à gauche, dans le sens, cette gauche qui a déçu ; il en est le symbole.

Je me dis aussi que s’il n’y avait pas eu de 21 avril 2002, Ségolène, elle n’en serait pas là.

Et si les éléphants ne l’ont pas vue venir, les militants, non plus.
Et les voilà, ces militants ricanant de dépit, comme piégés, et quand bien même François Hollande leur rappellera qu’ils devront, les 16 et 23 novembre, voter librement, en leur âme et conscience, ils ne pourront pas, ces militants, se défaire de cette pensée, que leur seule chance de victoire, elle est dans ce visage qui prend si bien la lumière, celui de Ségolène.

Ségolène qui (habilement, je dois dire) leur a fait passer le message que le temps des femmes était venu.
Avec, sous-jacent, un autre message : si l’un des partis majeurs de ce pays ne se donne pas la chance de porter une femme à ce niveau, alors une telle opportunité ne se représentera pas avant bien longtemps (ça vaut pour l’UMP).
Ce que je veux bien croire quand on connaît le machisme du milieu politique.

Pour terminer, j’avoue que je suis épaté.
Il s’agit tout de même de choisir LE candidat à la Présidentielle.
C’est du lourd.
Et ce choix est confié, non pas aux dirigeants du parti, mais aux militants.
Ca ne me donne toujours pas envie d’être demain, un militant, mais ça correspond à l’idée que je me fais d’un parti démocratique moderne.
Et si je n’ai pas applaudi une seule fois lors de cette réunion de jeudi dernier, là oui, j’ai envie d’applaudir.

[1] Notons que « vainqueur » n’a pas de féminin. Ca n’existe pas « vainqueuse »… Comme si les types de l’Académie, la société en général, n’avaient pas imaginé qu’une femme puisse être gagnante de quoi que ce soit ….

[2] Il y a du Mitterrand dans ce Francois… Dans la manière de conquérir l’auditoire. La gestuelle. Il y a du panache. Et de l’humour. J’avoue qu’il m’a fait rire, mais dans le bon sens. Ces piques contre Chevènement (qu’il n’a pas cité nommément) étaient franchement irrésistibles. Celles contre Sarkozy, aussi. Beaucoup de talent, chez ce Hollande.
Sa dernière phrase fut tout de même un peu « too much ».
La voici :
« Le successeur de François Mitterrand était là, ce soir ! »
Notons que, comme vainqueur, successeur n’a pas de féminin non plus …

[3] A la décharge de DSK, son discours fut troublé, voire pourri, par une manif de sapeurs-pompiers. Pas facile de discourir quand chaque phrase est ponctuée de « pin-pon ». Mais même, il nous a (trop) noyés de mots. Et il n’est pas crédible du tout quand il parle de banlieue. Cela dit, ça lui a donné l’occasion de faire un jeu de mots involontaire quand il dit :
« Dans ces cités, on voit… »
Le verbe « voir » qui suit « ces cités », m’a tapé dans l’œil …

[4] Malin, le Fabius. Il n’a pas oublié de citer celui qui représenta le symbole de la région Midi-Pyrénées : Jospin.
Cela dit, nos trois candidats n’ont jamais cité Mendes-France, ni même Rocard, ce qui m’étonnera toujours quand on se réclame du socialisme…

PS [C’est le cas de l’écrire] :

Alors oui, je ne savais pas, moi, que 
Voltaire était socialiste.

Blum, Jaurès, Mitterrand (quoique, ça se discute pour Tonton) Jospin (même si son programme de 2002 ne l’était pas, socialiste) je m’en doutais, mais pas Voltaire, puisque ce fut, jeudi soir, l’autre nom cité par DSK au milieu de cette belle brochette …
DSK évoquait 
Robert Redeker, et il en appela à Voltaire avec cette phrase qui commence à me faire sérieusement caguer [Tant elle est utilisée pour tout et n’importe quoi – Ah démagogie, quand tu nous tiens !]:
« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire ! »
C’est une jolie phrase, c’est vrai, mais merde ! Foutez-lui la paix, à Voltaire.
Merci !

Publicités

A propos Philippe Sage

Empêcheur de tourner en rond.
Cet article a été publié dans Actualités et politique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s