"La course est partie sur un rythme soutenu ! …. Pas de conclusions hâtives, s’il vous plait !"
Nous dit aujourd’hui Laurent Fignon sur France 2.
J’ai surtout l’impression qu’il a envie de se casser, de quitter son siège de consultant, l’ancien double vainqueur de la
Grande Boucle.
Il en a marre.
De toutes ces histoires.
De dopage.
On sent le dégoût dans sa voix.
La fatigue, aussi.
Quelque chose comme :
"On n’y arrivera jamais !"
[Comment expliquer que des coureurs "marchent" à l'EPO alors que cette épreuve est sponsorisée, entre autre, par ... Cochonou ? ..]
Or donc, après Manuel Beltran et Moïses Duenas, l’italien Ricardo Ricco, vainqueur de deux étapes sur ce Tour de France, 9ème à 2’29"" de Cadel Evans, est tombé, contrôlé positif à l’EPO (troisième génération).
Franchement, c’est tout sauf une surprise.
Même, ça se voyait à l’oeil nu.
Oh si, merde !
Mais dans le doute ..
.. Dans le doute, les commentateurs, consultants et chroniqueurs de France Télévisions n’auront pas été avares en superlatifs à son sujet, comme ils le firent en 2006 quand, après une étape catastrophique, une énorme défaillance où il perdit près de 10 minutes sur les leaders, notamment sur Rasmussen, le lendemain, l’américain Floyd Landis avala cols sur cols, dévora littéralement les Alpes en solitaire avant de (re)prendre le maillot jaune deux jours plus tard..
Je me souviens que ce jour-là, le jeudi 19 juillet 2006, cet abruti de Gérard Holtz exultait, en rajoutait, parlant d’une étape dantesque, je crois même qu’il osa :
"Eh oui, c’est ça la légende du Tour de France !"
On connaît la suite.
Il fut prouvé, démontré que Landis était chargé comme un mulet – Et la victoire revint au second, Oscar Pereiro, pourtant lui aussi, bien chargé.
Quelle étonnante surprise, là aussi, non ?
Un "garçon", comme ils disent, qui n’avance pas le mercredi, fait carrément du surplace, et qui, le jeudi, te bouffe du col hors-catégorie à une vitesse supersonique, c’est pas du tout suspect, non ! Non pour Gérard et le diffuseur France Télévisions, c’est clairement la légende du Tour, bien sûr !
C’est peut-être cela qui le dégoûte, Fignon, cette avalanche, cette débauche de superlatifs, cet émerveillement démesuré, quasiment obscène de ses "collègues" alors qu’un peu plus de retenue serait la bienvenue.
Or donc, disais-je, Ricardo Ricco est tombé.
Mais …
… Mais si les équipes de Manuel Beltran et de Moïses Duenas ont décidé de poursuivre la course, celle de Ricco s’est retirée du Tour.
Et donc exit Cobo, 8ème à 2’10"" et Piepoli le lieutenant de Ricco.
Quand toute une équipe se retire ainsi c’est qu’il y a anguille sous Stephen Roche.
Et d’ailleurs Laurent Fignon le souligne à sa façon, se disant "déçu", trouvant "dommage" que cette équipe se retire, car dit-il, s’il y avait d’autres tricheurs au sein de Saunier-Duval, on ne le saura peut-être jamais ; ces coureurs vont "rentrer tranquillement chez eux, échappant aux mailles du filet".
Il en oublie, Fignon, les abandons "suspects" chez l’équipe Barloworld depuis que leur leader, Moïses Duenas s’est fait choper …
Il en oublie aussi le nombre de coureurs, entre dix et vingt sur ce Tour 2008, dans le collimateur de l’AFLD, l’Association Française de Lutte contre le Dopage.
Ce qui signifie que, peut-être, d’autres vont tomber avant l’arrivée à Paris.
Mais lesquels ?
Cadel Evans ?
Christian Vandevelde ?
Denis Menchov ?
Carlos Sastre ?
Alejandro Valverde ?
Laurent Fignon ne comprend pas – tu es proprement stupéfiant dans tes interrogations, Laurent .. - que Ricco ne soit pas tombé bien avant, notamment sur le Tour d’Italie.
Il y a une raison à cela, Laurent, et tu la connais :
C’est bien sur le Tour de France que les contrôles anti-dopages sont les plus aigus.
Ailleurs, en Italie, en Espagne, c’est open-bar !
Mais, et va comprendre, cette "triste nouvelle pour le cyclisme" qu’est la "chute" de Ricco serait une bonne nouvelle pour … les cyclistes français !
Laurent Jalabert qui l’a gagné … le Tour d’Espagne, parle même de "justice", allant jusqu’à dire que les coureurs français "ont retrouvé le sourire".
Ces coureurs français qui dynamitent chaque jour la course – mais c’est juste pour montrer leur(s) sponsor(s) à la télé, imbécile ! - mais ne gagnent jamais, nous rappelle-t-il.
C’est vrai.
Mais pour quelles raisons, Laurent ?
Parce que les "autres" sont dopés ?
Ou parce que ne gagnant pas, ils ont plus de chance d’échapper aux contrôles partant du fait qu’ils – les contrôles – concernent surtout les vainqueurs ?
Et quid de Christophe Moreau, mon Jalabert ?
Ah, on se garde bien d’en parler de l’abandon de Christophe Moreau sur France Télévisions, ce cycliste français de 37 ans – un an de plus que Beltran .. – qui lâche l’affaire pour des raisons obscures …
Mais, tu comprends, sur France Télévisions, les coureurs français sont "propres", c’est la ligne éditoriale, sous-entendu, ce sont des "victimes".
Comme Richard Virenque en 1998 [L'affaire Festina].
Tu la vois la différence de traitement sur France Télévisions ?
On ne traite pas Richard Virenque, "la victime d’un système", comme Landis, Rasmussen, Vinokourov, ou Ricco, "des tricheurs qui salissent le cyclisme".
Alors, à qui le tour ?
Jadis, joyeuse, cette interrogation signifiait :
"Qui va gagner le Tour cette année ?"
Aujourd’hui, anxiogène, elle se traduit par :
"Quel sera le prochain à tomber pour dopage ?"
Si ça continue à ce "rythme soutenu", il se pourrait bien que ce soit un français.
Qui le gagne ce Tour.
Par défaut.
Lui, par exemple :
Amaël Moinard.
Dont c’est le premier Tour.
D’autres l’ont bien gagné dès leur première participation :
Bernard Hinault, par exemple ..
Ou … Laurent Fignon !
Et à l’eau claire, il va sans dire …
A moins qu’il ne tombe avant, Moinard.
Comme ces "tricheurs qui salissent le cyclisme".
Ou, plus probablement, comme "victime d’un système".
PS1 : Au fait, comment va notre Jeannie Longo ?
PS2 : Et Gérard Holtz nous abreuva une nouvelle fois, nous saoula ce soir avec sa formule-du-jour-à-la-con-bien-à-lui-et-dont-il-est-super-fier-t’as-qu’à-voir-son-sourire-niais-mais-ravi :
"Ricco, le Cobra s’est fait piquer !"
Trois fois en 5 minutes ..
T’es dopé à quoi Gérard ?
Mais que dire, de Thierry-j’en-rajoute-des-tonnes-Adam nous assurant qu’aujourd’hui c’est du Spectacle avec un grand "S".
Se taire, je crois ..